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 fermeture du Bliss Kfé

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magno
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MessageSujet: fermeture du Bliss Kfé   Lun 19 Juin - 17:18

Dernière soirée du Bliss Kfé le 30 juin

Le Bliss Kfé ferme ses portes le 30 juin pour laisser place au Bliss Event dès la rentrée.


Monica, c'est elle qui a ouvert le Bliss Kfé, le petit bar lesbien de la rue du Roi de Sicile, à Paris. C'était en 2002. Mais la belle Italienne a pris la décision de fermer le bar le 30 juin prochain. On a encore du mal à y croire... Pour cette dernière soirée nommée Best of Bliss, elle invite toutes les filles à s'habiller en blanc. Entreprenante et fidèle au milieu, Monica revient à la rentrée avec un nouveau programme à découvrir. Et pour Têtu, elle raconte son aventure avec le Bliss Kfé.

Après quatre années de succès, pourquoi fermez-vous le Bliss Kfé ? Parce que depuis quatre ans maintenant, j'ai deux jobs. Je m'occupe du Bliss mais je travaille aussi dans le domaine de la mode. Je suis originaire de la ville de Come, en Italie. C'est la grande ville du textile. Je suis l'intermédiaire entre la France et l'Italie, dans le haut de gamme du prêt-à-porter pour femmes. C'était très dur, j'avais envie de changement.

Pourquoi ne pas avoir été aidée par un gérant alors ?
C'est une histoire passionnelle ! Ce bar, c'est un peu comme un bébé. Je l'accompagne du début à la fin. Il a marqué ma vie. Je me rappelle du moment de l'ouverture du bar: le 27 septembre 2002. Quand je suis arrivée, je ne connaissais pas le métier, j'ai appris sur le tas. C'était un pari. Je ne savais pas où j'allais ! J'avais surtout envie que le Bliss reste un endroit magique dans la tête des gens. Ce qu'on a fait restera intacte, je pense qu'il faut savoir partir avec honneur quand on est au plus haut : donner le meilleur puis partir pour laisser quelque chose. Le Bliss a fait son temps. Je m'en sépare avec beaucoup de tristesse et d'émotion. Mais pourquoi pas un autre bar, plus tard, en association avec d'autres personnes.

Qu'est-ce qui vous avait poussé à ouvrir le Bliss Kfé en 2002 ? Au départ, je trouvais qu'il y avait peu de lieux pour les filles. C'était souvent froid et fermé. Les filles étaient un peu «maltraitées», peu reconnues. C'était dur. Moi je suis italienne, donc je voulais apporter le côté festif mais aussi de la douceur. Un endroit plus soft, hype et lounge, où on se sent mieux, où on est reconnues par les serveurs, avec plus de mixité aussi. Les quotas m'énervent. Mon premier combat a été de faire évoluer les mentalités chez les filles comme chez les garçons : c'est le cocktail qui génère le côté festif. Les lesbiennes sont souvent en bande. Moi, j'ai toujours en tête le panneau de L Word. (Celui où tous les couples sont inscrits sur le tableau comme une constellation de lesbiennes...) Elles sont souvent froides et distantes, mais par timidité. À nous, professionnels, de les mettre à l'aise. Avant dans les bars pour filles, on te lançait ta bière. Dans mon équipe, j'ai tout de suite insisté sur l'accueil et la politesse : quand une cliente entre on lui dit «Bonjour». Je voulais plus de diversité, plus de mixité et quelque chose de plus cosmopolite aussi : c'est devenu possible grâce au web surtout. L'équipe du Bliss était fantastique, les liens sont toujours très forts. C'était aussi le reflet du bar: on était sur la même longueur d'onde.

Vous fermez le Bliss, mais vous n'abandonnez pas le milieu ? La page du Bliss Kfé est presque tournée. Mais à la rentrée je poursuis avec le Bliss Event : au début ce sera une soirée par mois organisée pour les filles avec la même équipe que j'avais au Bliss Kfé. Pour la suite, je garde la surprise. Mais je veux quelque chose de novateur, c'est en construction. On va avoir un site spécial pour annoncer les soirées. J'ai envie que ça continue. J'attends les filles en blanc pour la dernière soirée : j'ai envie de partir avec le sourire.

Un des plus beaux moment pour vous ? La Gay Pride de 2005 : pour moi, c'était la concrétisation d'un rêve. Le carrefour devant le Bliss ressemblait à une marée humaine de filles aussi jolies que féminines. Encore aujourd'hui, j'en ai la chaire de poule ! (Elle s'arrête, avec un grand sourire pour regarder ses bras) C'était vraiment un rêve concrétisé ! Ensuite on a eu de belles soirées, surtout avec la Coupe Talons et Crampons qu'on avait gagnée.

Quel a été votre principal obstacle ? La répression à cause de la nuisance sonore ! Il y avait beaucoup de répression de la préfecture de police, avec fermeture administrative du bar pendant 5 jours. Ce n'est pas comme en Espagne ou en Italie. Nous, on vend du fun, tout en respectant bien sûr les voisins. Mais il faut laisser un peu vivre les gens. Ça manquait d'ouverture, surtout l'été où on a envie de déborder un peu dans la rue. Et puis toujours le problème des riverains homophobes. Mais en même temps on apporte une activité économique au quartier. Il vaut mieux ça qu'un quartier mort.

En quatre ans, quelle évolution avez-vous constatée dans le milieu des filles ? Les filles sortent beaucoup plus, seules ou en couple. Les lesbiennes ne sont pas lesbiennes par dépit comme le voudrait le cliché et elles le savent. Alors elles s'assument, elles ont de beaux jobs, elles se cachent moins. On a aussi des stars qui sont de belles références et qui ont du poids. Avant il y avait tellement d'écart entre la représentation du gay et de la lesbienne: le gay, c'était plutôt comme dans les publicités de Calvin Klein. Alors que la lesbienne, on l'imaginait laide et grosse avec une cravate ! Aujourd'hui, elles sortent plus, elles s'assument plus, elles s'affichent plus, elles ont plus de gestes visibles : elles s'embrassent, elles se tiennent par la main, elles ne se cachent plus. Dans les années 80-90, on était ringardes si on n'était pas percées avec des tatouages. Maintenant, on voit plus de lesbiennes avec des cheveux longs, féminisée. Belles, c'est-à-dire avec du charme et du charisme. Elles sont toujours en pantalon mais pantalon taille basse avec des T-shirts prêts du corps et des bijoux. Un nouveau style de lesbiennes des années 2000. Des Lipstick girls coquines. Il y a plus de références aussi, avec The L Word, Pink Tv. Les lesbiennes sont plus tendance, c'est rassurant pour leur avenir aux yeux du monde.

Et qu'avez-vous envie de leur dire ? Acceptez ce que vous êtes, ça pourra faire bouger des montagnes. Il y en a certaines qui vivent encore mal leur homosexualité, surtout en province. Mettez-vous en valeur ! Et la base, c'est l'amour, que ce soit entre une femme et un homme, ou entre deux femmes. C'est beau et ça ne fait de mal à personne. Ce n'est pas la peine d'être un alias de soi-même ou d'être un mec, les lesbiennes peuvent être aussi sexy et féminines que les hétérosexuelles. Moi j'aime les femmes pour leur féminité. Pas le côté dark, malsain avec les drogues. Aujourd'hui, les filles se sont adoucies, il y a plus de simplicité, finie l'époque des mythomanes. Il y a maintenant une marge pour aimer être ce que l'on est.



par Charlotte Bourgeois
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